A PROPOS D’ENTRAINEMENTS

En mai, je commence à éduquer mes pigeonneaux.
A ce moment, ils ont l’âge idéal : ni trop jeunes, ni trop vieux. Les jeunes trop fougueux qui cherchent à s’accoupler doivent déjà être entraînés.
A Taïwan, où l’on joue pour des gros sous, on entraîne déjà des pigeonneaux âgés de deux mois à peine, ce que je n’oserais pas faire.
En ce qui concerne la distance, j’ai adapté ma méthode au fil des années.
Les frères Janssen étaient très prudents et leur première étape n’était qu’à 2 kilomètres du colombier.
Ensuite, ils y allaient progressivement.
Aujourd’hui, il existe encore des amateurs qui agissent ainsi. Je n’ai jamais fait preuve d’une telle prudence mais à l’époque, j’allais porter mes jeunes 8 fois environ, de façon à arriver progressivement à Bruxelles, soit septante kilomètres.
Actuellement, je n’agis plus ainsi.

CHANGEMENT
Lorsque je vais les lâcher à une distance de 15 à 20 km, mes pigeons doivent revenir AU PLUS VITE à la maison, ce qui n’est pas toujours le cas.
Aussi, la fois suivante, je les lâche à nouveau au même endroit et je recommence la manœuvre jusqu’à ce qu’ils prennent la bonne direction et retournent DIRECTEMENT à la maison.
A mon avis, cela n’a pas de sens d’allonger la distance lorsque les pigeonneaux mettent trop de temps pour revenir.
Par contre, quand mes jeunes retournent directement, j’ose augmenter sensiblement la distance du lâcher suivant, même avec de grands sauts.
L’un de mes voisins agit pratiquement de la même manière : il va souvent lâcher ses jeunes jusqu’à 15 kilomètres au maximum et dès qu’ils reviennent à la maison comme des bolides, il n’hésite pas à les enloger ensuite pour Quiévrain, soit à 140 kilomètres environ.
Il n’a jamais connu de problèmes en agissant ainsi, même si près de 200.000 pigeons y sont souvent libérés.

D’ABORD ENSEMBLE
Mes pigeonneaux sont d’abord lâchés ensemble, mais par après, il y a du changement et ma soixantaine de jeunes qui se trouvent dans 4 paniers sont libérés panier par panier avec un écart d’une minute.
Je ne participe jamais aux entraînements avec la société car je crains les contacts avec d’autres jeunes.
L’expérience m’a appris que les lâchers dans la masse ne sont pas indispensables avant les concours.
Mes pigeonneaux font la connaissance du panier de voyage lors du premier concours et réalisent néanmoins des bonnes prestations sans pertes notoires.
De plus, les jeunes lâchés avec une société prennent la mauvaise habitude de tourner beaucoup trop longtemps au-dessus du lieu du lâcher.

LES PERTES DE PIGEONNEAUX
Ces dernières années, on entend beaucoup parler de pertes de pigeonneaux et on en recherche les causes.
Dans ma région, ces pertes sont plutôt rares et certains amateurs demandent parfois des épreuves ardues pour pouvoir séparer le bon grain de l’ivraie.
En Belgique comme aux Pays-Bas, certaines régions subissent des pertes massives tandis que d’autres ne connaissent que peu de pertes anormales.
Il ne m’est pas possible de donner une raison valable à ce phénomène.

LE TEMPS
Les pigeonneaux SANS EXPERIENCE connaissent des problèmes par temps lumineux, orageux et par vent défavorable.
Je me méfie surtout du temps très clair.
En réalité, je reste très prudent avec des jeunes peu aguerris tandis que j’ose libérer des jeunes expérimentés par tous les temps, ou presque. Un peu de pluie ne me dérange pas tant qu’il y a du mouvement dans l’atmosphère.
C’est une question de sensibilité difficile à exprimer par quelques mots.
Ainsi, lorsqu’il fait trop calme, que les nuages sont immobiles dans le ciel et que des pigeons reviennent du sens contraire, il s’agit d’être méfiant, même en cas d’excellente visibilité.
Les pigeons volent alors sans conviction alors qu’aucun petit vent ne peut ralentir leur course.
Alors, certains avancent la théorie de l’inversion mais je n’en crois rien. En fait, je pense davantage à des champs magnétiques perturbés.

AUTRES CAUSES
A mon avis, le retour de nos pigeons peut être dérangé par d’autres facteurs que l’inversion, la pluie, la canicule et la mauvaise visibilité.
Sinon, comment expliquer que certains concours connaissent un mauvais déroulement par temps apparemment beau ?
Je me rappelle d’un 8 août, il y a quelques années : le temps était magnifique sur toute la ligne de vol, de la frontière espagnole jusqu’aux Pays-Bas.
Et pourtant, certaines épreuves se déroulèrent mal alors que d’autres pas du tout. Ainsi, par exemple, Ablis fut catastrophique alors que Sens, situé quelques dizaines de kilomètres plus loin, connut un déroulement tout à fait normal.
De quoi en perdre son latin.
Certains d’entre-nous n’oublieront pas de sitôt la date du 12 mai 2002. Ce jour-là, la TV néerlandaise, parla de sérieuses perturbations magnétiques. J’y crois vraiment. Même des vieux pigeons routinés eurent toutes les peines du monde pour revenir d’une épreuve de 70 km.
Concluez vous-mêmes.

SATISFACTION
Les petits entraînements pour pigeonneaux peuvent nous apprendre bien des choses.
Ils nous montrent quel est leur degré de condition.
Celle-ci est parfaite à tous points si vos pigeonneaux déferlent hors des paniers et prennent la direction de leur pigeonnier sans effectuer le moindre petit tour de reconnaissance.
Dans de telles conditions, les paniers lâchés avec une seule minute d’intervalle ne se mélangeront jamais.
La grande condition est omniprésente et vous n’avez pas de soucis à vous faire.

EN CONCLUSION
Chez moi, il y a tant d’étrangers qui rentrent que je devrais ouvrir un bistrot pour accueillir les gens qui viennent rechercher leurs pigeons.
En réalité, je préfère les soigner convenablement et les remettre en liberté lorsque je suis sur la route de façon à ce que ces égarés puissent retourner au colombier par leurs propres moyens.
Chaque année, je suis étonné de voir revenir chez moi des pigeonneaux qui ont été libérés à 20 kilomètres et même davantage !
Parmi eux, il y a des jeunes qui ont déjà été joués et même parfois des vieux !
Voilà pourquoi je considère que les petits vols de 2,5 ou même 8km sont inutiles.

© Ad Schaerlaeckens