DES EXCUSES POUR CACHER LA VERITE

Parfois j’ai l’impression que pas mal d’amateurs recherchent davantage les produits miraculeux que les bons pigeons.
Dans le commerce, on rencontre effectivement certains produits qui feraient voler les pigeons plus vite, du moins s’il faut les croire.
Tout cela n’est que de la poudre aux yeux dont le but essentiel est d’enrichir les fabricants.

LES MEDICAMENTS
Les médicaments destinés à nos pigeons nous permettent de les remettre en bonne condition en un minimum de temps, ce qui est primordial pendant la saison sportive.
Aucune poudre ne fera jamais voler nos pigeons plus rapidement.
Malgré tout, les éternels perdants croient encore souvent que les champions détiennent certains secrets qu’ils gardent évidemment pour eux.
L’industrie pharmaceutique est unanimement appréciée car elle protège l’homme et, bien sûr le pigeon, contre les pires calamités mais parfois je me demande si le colombophile débutant et inexpérimenté est bien protégé contre cette même industrie pharmaceutique.
Lorsque je me promène dans mon jardin, il m’arrive souvent de lever mon regard vers les grands sapins qui se trouvent près de mon habitation.
Les pigeons ramiers y ont passé l’hiver et commencent à construire leurs nids.
Leur aspect extérieur m’a toujours frappé : ils sont resplendissants de santé et, lorsqu’ils ont des pipants dans leurs nids ballotés aux quatre vents, ceux-ci grossissent comme des choux.

VOUS AVEZ DIT BIZARRE ?
Les ramiers ont pourtant passé l’hiver dans des conditions bien plus difficiles que nos pigeons voyageurs : peu de nourriture et pratiquement pas d’eau pendant les périodes de gelées.
Bien entendu, ils n’avaient pas à leur disposition toutes les matières jugées indispensables pour nos pigeons :
Vitamines, thé, levure de bière, électrolytes, miel, minéraux, sans oublier les extraits de plantes provenant de la forêt vierge brésilienne...
J’en passe et des meilleures.
Ces pigeons ramiers ont donc passé l’hiver dans des conditions difficiles mais ne s’en trouvent pas plus mal pour autant.
Alors, d’aucuns pourraient penser que nos pigeons tellement dorlotés brillent davantage que ces pigeons sauvages. C’est parfois loin d’être le cas...
C’est ainsi que des pipants qui ont été élevés avec une panoplie de produits, des vitamines et une nourriture adaptée à la saison, présentent des yeux larmoyants, des nez sales, des fientes douteuses et ne se développent pas convenablement.
Comme si cela ne suffisait pas, ils ont reçu des cures et sont vaccinés contre toutes les plaies d’Egypte !

DES MAUVAISES EXCUSES
Récemment, j’ai rencontré un amateur qui ne parvenait plus à remporter un prix valable alors qu’à l’époque, il réalisait d’énormes prestations.
Ce brave homme continue à jouer mais il n’y croit plus. Il estime que tous ses problèmes sont dus à la mousse que ses pigeons piquent sur les toits du voisinage.
Alors, je lui ai demandé s’il y avait déjà de la mousse sur ces toits lorsque son fameux «BON BLEU » raflait les plus belles mises ?
Il m’a répondu par l’affirmative et a rapidement compris ce que je cherchais à lui faire comprendre.
Sans pigeons de classe, pas de bons résultats !
En colombophilie, l’insuccès est généralement dû à la mauvaise qualité des pigeons.
J’ajouterais même : aux pigeons qui ne disposent plus d’une excellente santé naturelle, même s’ils possèdent toujours un pédigrée attirant.
Lorsque rien ne va plus, il est normal que l’amateur commence à douter et recherche les causes de ses échecs répétés en incriminant ses colombiers, son alimentation, la mousse sur le toit et finalement en se culpabilisant lui-même.
Rares sont les amateurs qui parviennent à avouer que leurs pigeons manquent bêtement de classe !
Dans ce cas, il n’y a plus qu’une seule solution: partir à la recherche d’un meilleur matériel et d’espoirs nouveaux.
Que sont devenus les secrets et les produits miraculeux des anciens champions qui ne parviennent plus à rééditer le tiers du quart de leurs exploits d’antan ?

L’ART D’ELEVER ?
Certains prétendent mordicus que l’élevage constitue un art. Je n’en crois rien !
Je n’attribue aucun crédit aux soi-disant connaisseurs capables de former des accouplements avec la garantie qu’il en sortira des bons éléments.
Dans leurs propres colombiers, ces fanfarons sont obligés de faire et de défaire leurs couples car ils se trompent comme tout un chacun.
Si tout cela était si simple, un seul bon couple d’éleveurs suffirait pour devenir champion. Ainsi, un couple qui donne 4 bons éléments par an, pourrait facilement en procréer 16 en 4 années d’élevage. Ce serait trop facile !
En élevage, il n’existe aucune certitude ni garantie, n’en déplaise aux commerçants qui ne lorgnent que votre portefeuille.
Pour élever un crack, il faut un maximum de chance.
Bien entendu, des oiseaux issus d’une famille de vainqueurs offrent plus de possibilités de réussite.
Tout au long de ma carrière, j’ai été à la recherche de bons pigeons en espérant réussir tandis que d’autres recherchaient inlassablement les meilleurs produits, les meilleurs médicaments et même les vétérinaires les plus performants.
Le pigeon ramier ou palombe, n’est peut-être pas un pigeon voyageur mais il en est très proche génétiquement. Sa santé naturelle n’est pas influencée ou détériorée par l’être humain.
Aujourd’hui, il devient de plus en plus difficile de garder nos pigeons en bonne santé sans leur donner une cure après l’autre de manière totalement irréfléchie .
Pour moi, le bon pigeon est d’abord celui qui dispose d’une excellente santé naturelle.

© Ad Schaerlaeckens